Hayat Güzel Sous la Grande étoile

11 juillet 2011

La fin d'une aventure... et du silence radio

La mélancolie du retour donne des ailes à ma plume

Ca y est je suis rentré à Lyon, pour de bon cette fois !

L'occasion de m'excuser pour le long silence de ce blog pendant les derniers mois de mon séjour stambouliote. L'épisode "sans-papier" que j'ai vécu m'a quelque peu démotivé à relater cet anti-exploit ainsi que les aventures qui ont suivi. Par-dessus tout, j'ai voulu profiter à fond des deux derniers mois qui me restaient, pas trop de temps, donc, pour m'étendre sur cette page... que j'ai maintenant beaucoup de mal à tourner...

Mais grâce au recul que me permet le calme retrouvé à Lyon, je suis à présent en mesure de vous faire goûter aux émotions vécues ces derniers mois. C'est assez thérapeutique de tout vous conter de la sorte, d'une seule traite.
J'ai donc un peu triché sur les dates des articles ci-dessous (à partir d'Athènes). Mais pour ceux qui m'ont suivi, au programme : anarchie athénienne, expulsion d'un sans-papier, vie underground stambouliote, et road-trip en Iran...

A travers le chroniqueur Djelâl, Orhan Pamuk nous dit dans Le livre noir (Kara Kitap) que "La mémoire est un jardin", et c'est parce que je n'ai pas envie de le voir se dessécher que j'ai décidé de rattraper tout ce temps. L'avenir nous dira s'il s'agit là de l'ultime article de ce blog, dont, j'espère, vous aurez apprécié la lecture.

Adieu Istanbul. Mon petit doigt me dit qu'on se reverra.

 

En bonus, cette chanson de Sertab Erener, chanteuse populaire de variété à la turque (interprète également du tube de l'été dernier Rengarenk), qui déclare sa flamme à Istanbul, dans un clip qui est un véritable concentré de mon année passée sur les rives du Bosphore, avec tout ce dont je n'ai pas eu l'occasion de vous parler : les vapur, les vendeurs de moule, les pide, les musiciens d'Istiklal Caddesi... Snif


Sertab Erener - İstanbul (Yeni Video Klip 2011)

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Et la musique, alors ?

De retour d'Istanbul, je deviens nostalgeek

Je dois me réhabituer à un style de vie beaucoup plus calme en ce mois de juillet chômé de bout en bout. C'est pour moi l'occasion de réécouter les groupes turcs qui m'ont accompagné cette année... J'ai surtout une mémoire auditive.

Allez, en premier lieu, le coup de coeur, et comme le titre de ce blog fait évidemment référence à IAM, je me dois d'évoquer Ceza, LE maître du rap turc, le plus brillant et le plus influent. Il s'est fait connaître avec le titre Holocaust, une vraie tuerie que l'on retrouve dans le film Crossing the Bridge de Fatih Akin.


Ceza - Rapstar (super quality logosuz)

 

C'est surtout vers la fin de mon séjour que j'ai pu découvrir la richesse de la scène turque, pour sortir des grands chanteurs de variété comme Ibrahim Tatlises, ou des chanteuses à la mode arabesk, dont les Turcs raffolent. Mais la jeunesse turque a ses propres idoles. C'est grâce aux festivals qui ont lieu dans les universités d'Istanbul au printemps, avec pleins de concerts gratuits, que j'ai pu avoir un aperçu de ce que les ados et les jeunes turcs écoutent (en-dehors de tous les standards pop américains, bien entendu).

Duman, le groupe de rock le plus populaire de Turquie, serait un peu l'équivalent en France du bon vieux Noir Désir. Vu en concert à l'université de Boğaziçi.


Duman - Aman aman

 

Pas mal non plus, un groupe de Ska turc, Athena, assez déjanté aussi. Les pogos fusent de toute part en concert ! Vu au festival de Galatasaray Lisesi.


Athena - Arsız Gönül HD video

 

Enfin, lui n'est pas turc mais on l'entend partout, Shantel est un DJ allemand qui mixe des musiques des Balkans. Istanbul c'est un peu sa maison, il faisait des DJ sets tous les mois à Babylon, une salle de concert située à deux pas de mon appartement. Mais j'ai pu le voir en concert au festival de l'université de Yıldız Teknik (en réalité c'est un véritable escroc en concert). Voici le clip de son plus gros tube, tourné d'ailleurs à Istanbul.


Shantel - DISKO PARTIZANI

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02 juillet 2011

Immersion en Iran

Bienv'nu chez les Chiites

C'était une envie que j'avais depuis un petit bout de temps : aller faire un tour en Iran. Ce fut chose faite entre le 15 et le 28 juin, en compagnie de Raphaël, un pote d'Istanbul qui a bien voulu m'accompagner dans ce petit tour au pays des Ayatollahs. Tenez-vous bien, on y a été accueillis à merveille ! Probablement quelques jours parmis les plus marquants de ma courte existence.

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Alors, pour commencer, vous allez sûrement me dire : "Mais pourquoi l'Iran pour les vacances ?" Ce à quoi je répondrais "Et pourquoi pas ?".
Certes, à première vue (dans les médias), c'est là une terre inhospitalière, peuplée d'Ayatollahs fanatiques brûlant des drapeaux occidentaux à la première occasion. Mais c'est aussi et surtout un pays qui a hérité de plus de 3000 ans de civilisation, et dont la réalité est bien plus complexe qu'on veut bien l'entendre. Figurez-vous qu'on a eu moins de problèmes à voyager en Iran, tout français que nous sommes, qu'à se balader en terres kurdes en Turquie, toute laïque et démocratique qu'elle veut paraître. Ainsi, l'Iran est intriguant, mystérieux... C'est assez à mon goût pour justifier un petit tour là-bas. D'autant que le coach surfing y est très développé et qu'on a pu en profiter pleinement, premier paradoxe parmi tant d'autres qu'on a pu observer. Le régime islamique, en effet, est prêt à tolérer toutes les contradictions avec sa doctrine pseudo-orthodoxe, tant que ça permet à la classe cléricale de rester en place.

Carte voyage

Comme je devais rentrer le 30 juin, le programme a été court, nous ne somme restés que 10 jours en Iran, et nous n'avons pas eu le temps d'aller voir certaines villes touristiques comme Yazd, Shiraz ou Persepolis. Mais qu'à cela ne tienne, ça m'obligera à revenir, et ce voyage était plus motivé par la curiosité de rencontrer des Iraniens que par l'envie de côtoyer des touristes en voyage organisé.

Une nuit à l'hôtel Kerdelen de Trabzon

Première étape avant tout, obtenir un visa d'entrée. Normalement, les démarches sont longues, mais nous étions informés. Il y a dans la ville Trabzon, au Nord-Est de la Turquie, au bord de la Mer Noire, un consulat iranien qui délivre très facilement des visas aux voyageurs. On a donc pris l'avion depuis Istanbul jusqu'à l'ancienne Trabizonde, la cité qui fut l'ultime capitale byzantine pendant quelques années encore, après que Mehmet II prit Constantinople en 1453. Aujourd'hui, Trabzon est un modeste port et une grosse ville prise entre la mer et les montagnes, avec assez peu de restes de son passé glorieux, à travers quelques églises byzantines et des morceaux de remparts.

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Surtout, comme dans beaucoup de villes de la Mer Noire, le mode de vie à Trabzon est assez conservateur, les femmes voilées sont très nombreuses, et il n'y a aucun bar en ville. Mais durant ce voyage, nous avons appris avant tout à nous méfier des apparences. En effet nous avons passé une nuit à Trabzon à l'hôtel, dans une rue qu'on nous avait recommandée, en demandant où on pouvait trouver un ucuz otel (bon marché). Ce n'était pas ce qu'on avait vu en ville qui pouvait nous laisser deviner la nuit que nous allions passer. En plein milieu de la nuit, des dizaines de gens bruyants ont envahi l’hôtel et ont commencé à taper à nos portes. On a très vite compris : c'étaient des prostituées avec leurs clients qui cherchaient des chambres libres. Nous étions dans un hôtel de passe ! On a donc passé une partie de la nuit dehors devant l'hôtel à discuter politique et football avec le videur (qui n'était pas là dans la journée, il faisait juste partie des hommes de sécurité pour les « filles »). Et dans tout ça, combien de ces messieurs avaient voté pour l'AKP aux dernières élections...?

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Après cette courte nuit, le temps de faire faire nos visas iraniens et de visiter un peu la ville, on est monté dans le premier bus de ce périple, direction la frontière, à travers des montagnes et des paysages dignes de la Suisse, jusqu'à arriver en pays kurde où on a pu avoir un aperçu du sous-développement de la région.

Première escale à Tabriz

Toutes les photos de Tabriz, Kandovan et Jolfa : ICI.

On a du passer la frontière (une des plus vieilles frontières du monde, entre l'empire perse et l'empire ottoman) à pieds au milieu des montagnes, à l'ombre du Mont Ararat, où l'Arche de Noé était supposée s'être échouée après le Déluge. Puis on est montés dans un taxi privé (n'importe qui avec une voiture arrondit ses fins de mois comme ça), pour notre première escale iranienne à Tabriz, grosse bourgade de 1,4 millions d'habitants, ancienne capitale de plusieurs royaumes turcs, capitale perse à ses heures, et aujourd'hui capitale de l'Azerbaïdjan iranien.

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La ville n'a vraiment d'intérêt que pour son bazaar impressionnant, mais elle est au cœur d'une région dont la beauté a beaucoup inspiré l'Ancien Testament, ce qui en a fait notre base pour trois jours de sorties. En effet, Tabriz est connue pour être la porte du Paradis ! En montant vers le Nord, à la frontière avec l'Arménie et l'Azerbaïdjan, se trouve la vallée de la rivière Aras, connue comme étant l'emplacement du jardin d'Eden. En y allant, ça se comprend, et on peut retrouver ces caractéristiques dans tout l'Iran : le moindre cours d'eau, au milieu de ces montagnes arides, fait naître des vallées luxuriantes et des jardins magnifiques, qui sont au cœur de la culture perse depuis des millénaires. Mais aujourd'hui la vallée de l'Aras est un enjeu de conflit, puisque l'Arménie et l'Azerbaïdjan sont encore en guerre officiellement depuis 1994 pour quelques morceaux de terres le long de cette frontière, où les trois pays (Iran, Arménie et Azerbaïdjan) s'observent depuis quinze ans du haut de leurs avant-postes.

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Un peu au Sud de Tabriz, on a pu se régaler au village troglodyte de Kandovan, qui n'a pas été sans me rappeler la Cappadoce, au milieu de paysages champêtres où paissent des troupeaux de moutons.

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Mais le plus étonnant dans tout ça, ce furent sans doute les rencontres qu'on a pu faire à Tabriz, avec nos premières impressions en cette terre supposée inhospitalière. D'autant qu'à Tabriz, on parle surtout azeri, une langue turque, et on arrivait parfois à se faire comprendre (même à se faire passer pour des Turcs). De bout en bout, on a pu s'apercevoir du fossé, que dis-je, de l'abysse qu'il y a entre les Iraniens et leur régime politique, qui ne tient en place que par des bouts de ficelle (plutôt solides cependant). Mais on peut parler aisément et librement, même avec des femmes ; le "pas vu, pas pris" est la règle de base. En témoigne Hadi, qui nous a accostés dans la rue en nous entendant parler français, et qui nous a emmenés visiter le quartier de Valiasr avec ses amis. Il a eu la chance de voyager en tant que marchand de tapis, et il était l'ancien responsable de coach surfing à Tabriz, mais il a du arrêter "à cause du gouvernement", il ne nous en a pas dit plus.

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La vallée des Assassins

Toutes les photos de Qazvin et Alamut : ICI.

Deuxième escale après un voyage en car plutôt confort - foi de grand dadais -, à Qazvin, à 150 km à l'Ouest de Téhéran, autre ancienne capitale perse et mongole. L'arrêt à Qazvin était surtout motivé par sa proximité avec la vallée d'Alamut, connue aussi sous le nom de vallée des Assassins, cette secte musulmane ismaélienne sous l'égide de Hassan-e Sabah, qui au XIIème siècle envoyait ses jeunes sbires fanatisés - sous l'effet du hachich - tuer des personnalités gênantes. On a donc loué les services d'un taxi privé qui nous a emmenés à travers les routes sinueuses des montagnes (bordés de murs peints de toutes les couleurs, avec de temps en temps des slogans islamistes par-dessus), en prenant au passage des villageois sans trop se soucier du confort, on était 7 ou 8 dans la voiture la plupart du temps (3 devant, 4 ou 5 derrière). Tout ça pour finir à pieds l'ultime ascension du roc menant au château d'Alamut, surplombant des vallées vertes et jalonnées de cerisers, de pruniers et de rizières. Notre chauffeur Ahmed ne s'est d'ailleurs pas fait prier pour aller refaire en douce son stock de cerises au passage.

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Débats philosophiques à Téhéran

Toutes les photos de Téhéran ICI.

"Tout ce qu'il y a d'intéressant à Téhéran, c'est les gens". C'est ce que nous a dit notre coach surfer Ehsan quand nous l'avons rencontré chez lui dans les quartiers Nord de Téhéran, les quartiers riches et cultivés, nantis dirons certains, fermés sur eux-mêmes au pied des montagnes qui surplombent tout le Nord de la capitale iranienne. Tout n'est pas à jeter cependant dans cette capitale créée de toutes pièces par les princes Qajars au 18ème siècle. Notamment le vallon de Darband, plein de narguilé cafés enchevêtrés les uns sur les autres le long d'un ruisseau qui descend des montagnes, qu'on peut remonter jusqu'à avoir un superbe panorama sur la ville.

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Pour le reste, la centre de la ville est assez sinistre et sale, même autour du Bazaar, Téhéran n'est pas une vitrine très reluisante du régime des Ayatollahs. Grise et polluée au possible, elle essaie de respirer grâce à un réseau de métro flambant neuf. Loin d'être la plus belle escale de ce voyage, donc, ce fut pourtant, de loin, la plus étonnante. Une fois n'est pas coutume, comme je suis fatigué du mode narratif, je vais vous lister ces détails aperçus ou vécus à Téhéran qui nous ont fait relativiser tout ce qu'on entend sur l'Iran :
- la soirée avec les ami(e)s d'Ehsan à boire des shots de Schnapps en jouant au Poker ;
- les fast-foods vendant de gigantesques hamburgers de compèt' et les magasins pour obèses ;
- un petit bureau de change où nous sommes entrés, où l'homme derrière son comptoir était ivre mort, une bouteille de vodka vide à côté de lui ;
- le métro de Téhéran avec les wagons aux extrémités réservés pour les femmes ;
- les boutiques de burqas haute-couture hors de prix ;
- Les versets du Coran sur des pancartes entourant les grilles des bâtiments officiels ;
- Les panneaux dans le métro, indiquant aux femmes de faire attention à ne pas laisser leur Burqa se prendre dans l'escalator (on en a vu une tomber comme ça !) ;
- Ehsan et ses amis, universitaires, traducteurs clandestins officiels de Baudelaire, d'Alain Badiou et de Slavoj Zizek, avec lesquels nous étions totalement dépassés dans leurs discussions sur la philosophie et la littérature européennes.

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Ispahan la belle

Toutes les photos d'Ispahan ICI.

Ultime étape iranienne, Ispahan, magnifique capitale perse avec sa place des Imams qui a fait rêver de nombreux voyageurs et penseurs européens du 17eme siècle, Montequieu en tête. L'immense rectangle dont les perspectives seront imitées par les grands palais européens est bordé de galeries marchandes, de grandes mosqués aux domes turquoises, ainsi que du palais d'Ali Qapu, inspiré par les Palais antiques de Persepolis. Même si la nuit à l'auberge de jeunesse fut courte à cause d'une petite intoxication alimentaire, le plaisir des yeux était là. Après une grosse journée de visite, il a fallu prendre le chemin du retour. 18 heures de car pour retourner sur nos pas en direction de la frontière, via Orumiyeh cette fois, pour passer deux jours à Van, au Sud-Est de la Turquie, avant de prendre l'avion pour Istanbul.

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Ambiance à l'irakienne à Van

Toutes les photos de Van et Hosap ICI.

Après une longue nuit dans le bus, on a donc repassé la frontière à pieds au petit matin, un peu plus au Sud qu'à l'aller, direction le lac de Van. En plein Sud-Est de la Turquie, on était aussi en plein pays kurde, une identité que la Turquie a encore beaucoup de mal à accepter, et on a pu le voir de manière très explicite : graffitis du PKK, contrôles de gendarmerie incessants sur les petites routes de montagne, véhicules blindés en ville, slogans turquistes en lettres géantes sur les falaises... La paisible ville de Van au bord de son lac s'embrase très souvent, comme les autres villes kurdes, contre un Etat turc qui a tendance à laisser la région dériver dans son sous-développement, et à nier l'identité kurde depuis la naissance de la République. D'autant que nous sommes arrivés deux semaines après les élections législatives, gagnées par le parti kurde dans toute la région, et des contentieux électoraux avaient provoqué de nouvelles émeutes quelques jours plus tôt. Mais le dimanche malgré cela toute la ville va pique-niquer au bord du lac, et on se baigne, en séparant les familles, les jeunes hommes et les jeunes filles.

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Près de Van se trouve aussi le superbe château de Hosap, ancienne place forte de l'éphémère royaume kurde, puis forteresse ottomane, au milieu d'alpages arides qui s'étendent à perte de vue.

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Après ça, le retour à Istanbul fut assez étrange. Il ne me restait qu'une journée pour dévaliser le Grand Bazaar, tout faire rentrer dans mes valises, dire au revoir à tout le monde dans une ultime soirée arrosée, et partir le lendemain matin...

 

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10 juin 2011

Underground

Istanbul est sans nul doute un des hauts-lieux (si je puis dire) de la culture underground. Taggeurs, boîtes branchées, bars live... On est certain de trouver ce qu'on y cherche - et surtout ce qu'on y apporte.
Après la frayeur de mon Odyssée diplomatique, le retour à Istanbul fut triomphal, avec la ferme intention d'en profiter un maximum. Malgré les examens de fin d'année, le printemps stambouliote fut marqué par la vie de Bohême. D'autant qu'ayant du quitter mon appartement dès le 5 juin, la fin du séjour m'a fait passer du statut de sans-papier à celui de SDF, rendant mes ultimes découvertes toujours plus intenses ("Eh, j'peux crécher chez toi ce soir ? J'te paye à boire !"). Rencontres, virées nocturnes, excès... L'occasion de plonger à fond dans l'ambiance underground de Beyoglu.

"Bon les gars, on va à Machine ?"
Je ne vais pas m'étendre une fois de plus sur la folle ambiance de Taksim (voir Vie nocturne). Mais après des mois d'expérience, on commence à connaître les perles dans les innombrables boîtes et autres bars de Beyoglu. Alors, il est temps de vous décrire l'objectif ultime d'un weekend d'excès : MACHINE.
Dans le sous-sol d'un immeuble qui comporte également un bar de Hard Rock et un bar Reggae (Aydar Rock et Papillon, les bières les moins chères - coupées à l'eau - d'Istanbul), Machine explose tes tympans et pulvérise ta cage thoracique, avec de l'électro très trash et très sale. On y rencontre des gens plutôt énervés sur le coup, mais qui dans le fond ne mangent pas de pain.
Comment décrire l'endroit ? C'est une cave de quelques mètres carrés, avec une cage. Le reste c'est beaucoup de lumières et de décibels, et des coups sur la grille.

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Planète Galata
Mais surtout, c'est autour de chez moi que j'étais plongé dans cette atmosphère artistique. En tant que Croix-Roussien, habiter à Galata/Tünel sonnait comme une évidence. Ah, mon regretté petit quartier, son esprit anarchiste, ses innombrables boutiques de musique, de fringues branchées, de babioles alter-mondialistes... Et surtout les graffeurs du monde entier qui y ont laissé leur trace.

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Un exemple parmi tant d'autres, ces poings jaunes levés vers le ciel qu'on voit partout dans le quartier, attribués à un graffeur allemand.

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08 mai 2011

Epopée d'un sans-papier

Amaury expulsé, Amaury rapatrié, mais Amaury réhabilité

Alors voilà, pour ceux qui n'ont pas déjà entendu mes multiples aventures, les explications rapides de ce qui m'est arrivé en ce funeste weekend d'avril, après lequel j'ai bien cru que cette aventure stambouliote se terminait prématurément et en eau de boudin.

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C'est en rentrant de Grèce que tout est arrivé, mais il faut remonter aux débuts de mon séjour stambouliote pour tout comprendre. Que cela serve de leçon à tous ceux qui partent à l'étranger ! Ce petit séjour à Athènes était autant motivé par l'idée d'aller voir ce qui s'y passe tout en rendant visite à une amie, que par l'obligation que j'avais de sortir du territoire turc. En effet, même si avant de partir pour la Turquie j'avais suivi les conseils de l'université de Galatasaray en achetant un visa étudiant, me permettant en théorie de rester toute l'année académique en terres turques, je n'ai jamais pu activer ce visa avec le permis de séjour, faisant face à une administration turque qui n'a pas été des plus coopératives.

Pour obtenir le permis de séjour, ou ikamet, qui m'aurait permis déviter tous ces déboires et ces dépenses faramineuses, je devais me rendre dès mon arrivée à la préfecture de police avec mon visa. Seulement voilà, les rendez-vous - pour ce qui ne devrait être qu'une formalité - se prennent sur internet, sur un site obsolète, avec un délai qui la plupart du temps est de minimum deux mois. Ajoutez à cela des information très vagues sur l'emplacement de la préfecture, vous vous retrouvez à l'autre bout de la ville d'Istanbul, en ayant loupé votre rendez-vous, et obligé d'en prendre un autre... deux mois plus tard évidemment. Pour ne rien simplifier, il se trouve que d'une part le délai pour faire ce permis de séjour est d'un mois après l'arrivée sur le territoire. D'autre part, sans cet ikamet, vous ne pouvez pas rester plus de trois mois en Turquie. Et enfin, pour couronner le tout, si vous sortez du territoire turc sans avoir fait faire l'ikamet, votre visa étudiant s'annule.

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Voici donc la logique mathématique implacable dans laquelle j'étais sans le savoir vraiment, puisque toutes ces informations ne circulent que par rumeurs et légendes urbaines dans la communauté Erasmus... Tout ceci nous amène à mon second rendez-vous à la préfecture, qui s'est déroulé au mois de mars (!), où je me suis retrouvé face à des policiers turcs qui n'ont pas voulu comprendre que je n'avais pas pu venir plus tôt, et qui ont tout bonnement refusé de me faire cet ikamet, arguant d'ailleurs qu'en tant qu'étudiant Erasmus j'aurais pu me passer d'un visa étudiant. Mais voilà, j'étais resté plus de trois mois sur le territoire, mon visa était périmé. Je devais donc sortir de Turquie, avec une amende qui m'attendrait en prime à la frontière. Mais les policiers de la préfecture s'étaient bien gardés de tout me dire sur l'engrenage dans lequel je m'étais empétré.

Départ donc, pour un weekend à Athènes histoire de faire l'aller-retour que je pensais nécessaire à ma régularisation, tout en rendant visite à mon amie de prépa Marie en stage à Athènes. Passage assez peu agréable à la douane, où les collègues policiers ont pris un malin plaisir à me faire attendre jusqu'à la dernière minute avant le départ de l'avion, histoire de bien me mettre sous pression pour me faire payer mon amende, et finalement me laisser partir à toute berzingue, sans prendre le temps de tout m'expliquer clairement, car bien évidemment, ils savaient très bien que mes ennuis n'étaient pas terminés. Mais pourquoi faire l'effort de le dire ? C'est tellement plus marrant de me laisser réaliser seulement à mon retour que j'étais en fait interdit de séjour pour trois mois en Turquie !

En effet, à mon retour à Istanbul dans le même aéroport, voilà-t-y pas que je me vois arrêté à la douane, où cette fois seulement un officier qui parlait anglais (le premier dans toute cette histoire) m'explique en long et en largeur toute l'étendue de la merde dans laquelle j'étais emmpêtré : je ne pouvais pas entrer en Turquie car j'étais interdit de territoire turc pour trois mois, pour être resté trop longtemps en Turquie sans titre de séjour ! Moi qui avais payé mon visa étudiant 99€, et qui avais fait les démarches à la préfecture pour obtenir le permis de séjour, j'étais obligé de rentrer à Lyon à mes frais, alors que beaucoup de mes amis en Erasmus, n'avaient même pas pris la peine de faire un visa étudiant ; ceux-ci sortaient donc du territoire tous les trois mois, pratique en théorie interdite mais qui fonctionne... c'est ce que j'aurais du faire si j'avais su ! Et certains d'entre eux avaient même réussi à obtenir l'ikamet en tant qu'étudiants Erasmus ! Cherchez l'erreur.

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Bref, après une nuit à l'aéroport Atatürk cantonné dans la zone internationale à me questionner sur le pourquoi du comment de cette galère, je suis rentré à Lyon. Et immédiatement, je me suis rendu au Consulat général de Turquie. Là, heureusement, j'ai pu revoir le fonctionnaire sympa qui m'avait fait mon visa quelques mois plus tôt, et qui, tout en me réprimandant de m'être fourgué dans cette situation, a été compréhensif face à l'enchaînement de vices qui se sont abattus sur moi. Le Consul a alors envoyé une demande directement au ministère des affaires étrangères turc, pour annuler cette interdiction de trois mois. C'est grâce à l'aide des responsables de mon université turque, qui heureusement ont le bras long, que mon attente n'a duré "que" deux semaines et demi.

Voilà donc comment on se met dans la merde sans vraiment en avoir conscience. Heureusement, mes mésaventures n'ont pas été inutiles, et en revenant à Istanbul j'ai été en quelque sorte soulagé d'apprendre que je n'avais pas été le seul à me retrouver en situation illégale, bien que mon cas d'expulsion fût le premier, et on l'espère le dernier. Mais mon exemple a permis à certains étudiants de prendre conscience de leur situation, et de réfléchir avant de sortir de Turquie, ce qui les aurait amené aux mêmes déboires. Un de mes amis a par exemple du attendre la fin de son année avant de repasser la frontière, où il a finalement eu le choix entre payer une amende colossale et se faire interdire de séjour pour 5 ans !

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Toute cette histoire m'a fait beaucoup réfléchir (j'avais que ça à faire pendant mon séjour forcé à Lyon), notamment sur la condition des sans-papiers, sur les vices administratifs, la privation de droits... Comme quoi il faut parfois toucher le fond, même si je ne l'ai touché que du bout du doigt.

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29 avril 2011

Avant la crise, Athènes

Plus de photos ICI.

Mais qu'ai-je donc fait pendant ces longs mois de silence ? Oh, pas grand chose, à part être allé à Athènes, m'être fait expulsé de Turquie, être revenu, avoir passé mes partiels, fait la fête, rencontré des centaines de gens, être allé en Iran, puis être revenu en France. Pour de bon.

Puisqu'il faut commencer les hostilités, voici donc le premier récit depuis le dernier article qui date de... mon dieu, du 5 février ! Me voici donc parti pour Athènes, deux mois et demi après, durant lesquels je suis sagement allé à mes cours du deuxième semestre (entre deux cuites). Comme je l'explique en longueur plus haut, cette virée en Grèce, l'ennemi héréditaire de la Turquie, avait plusieurs motivations : 1) rendre visite à une amie, Marie (pas celle d'Istanbul, une autre), en stage à Athènes, et accessoirement, visiter la ville et voir ce qui s'y passe ; 2) sortir du territoire turc pour régulariser ma situation (du moins c'est ce que je croyais en partant).

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Alors, cette fois-ci, je ne vous ferai pas de cours d'Histoire sur la ville, ni sur ses lieux les plus connus. Mais il n'en reste pas moins que le cliché des impressions que l'on peut y ressentir se vérifie, quand on se dit Socrate, Platon, Aristote, Péricles, Sophocle et j'en passe débattaient ici et foulaient ces ruines de leurs pieds.


 
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Mais ce qui était sans doute le plus intéressant, c'était l'Histoire toute récente, qui touche la Grèce de plein fouet. Je suis en effet arrivé à Athènes sans plan de la ville - ni plan de relance... gnarf -, mais c'est ma pote Marie, avec qui j'ai vécu les plus durs instants en prépa, qui a pu me guider un peu dans la ville. La crise que subit la Grèce n'est pas vraiment visible au premier abord : les Athéniens continuent à consommer et à dépenser leur argent en cafés lattés (dont ils sont extrêmement friands) dans les rues, comme avant. Mais c'est dans les universités et certains quartiers que les conséquences politiques de la crise économique se dévoilent. Les facs d'Athènes sont en effet laissées aux mains des étudiants mécontents qui les ont littéralement recouvertes de banderoles aux slogans anarchistes et anti-capitalistes, laissant les établissements dans un état de délabrement impressionnant.

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Mieux encore, il y a dans le centre d'Athènes le quartier d'Exarchia qui, depuis les premières manifestations face aux menaces de rigueur économique, est passé totalement aux mains des groupes anarchistes. La police greque ne peut même plus y entrer (ça ne change pas trop le quotidien des policiers grecs, qui consiste à se tenir à un croisement de rue et attendre que ça se passe). Le quartier comporte de nombreux bars, et presque chaque soir des fêtes anarchistes avec des concerts gratuits ont lieu sur la place centrale. Un soir, nous sommes allés boire une bière dans un bar se trouvant dans le quartier d'Exarchia . Nous discutions tranquillement, lorsque deux bruits d'explosions surviennent, venus de deux ou trois rues plus loin. Surpris que nous étions, notre ami, qui habitait à côté nous rassure : "Oh t'inquiète pas, c'est les coktails Molotov, c'est comme ça tous les soirs. La dernière fois toutes les poubelles de ma rue ont été cramées". Soit.

Pour le reste, les PHOTOS parlent d'elles-même.

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20 mars 2011

Litanies orientalistes

 Je vous propose un petit interlude, en images et en musique, composé durant les froides et longues soirées stambouliotes au mois de mars.

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A Istanbul on ne peut se sentir que comme un funambule. C'est une cité conçue pour être suspendue et relative. Des civilisations de marbre et éternelles déploient encore leur splendeur, telles des falaises à peine attaquées par l'écume des temps, et jamais totalement englouties par les passages fluides et éphémères des voyageurs et des esquifs dans leurs incessantes allées et venues. La ville s'offre généreusement au visiteur et lui montre crument ses contrastes sous toutes leurs formes. Les humbles boutiques innombrables vivotent à l'ombre des héritages de grandeur, dans une mégapole monstrueuse qui abrite des quartiers intimes. La vie palpite entre douceur et violence. Orient et Occident s'embrassent. La terre vallonnée et les horizons maritimes se côtoient.

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Contempler le Bosphore c'est comme plonger dans un demi-sommeil, somnoler comme un chat, suspendu entre deux mondes, vibrant d'envie d'aller voler avec les mouettes et les dauphins. La musique des rues et des muezzins te transporte, ton âme s'élève à la contemplation, mais bientôt les vrombissements et les foules te tirent dans la fourmilière humaine, cette machine infernale et fiévreuse, dont les rouages surchauffent et se bloquent mais repartent sans arrêt de plus belle. Des milliers de visages s'enchaînent, tourbillonnent et filent, arpentant les rues, les montées, les avenues. La nuit, Beyoglu s'éclaire, crie et claque ; les noctambules s'affolent, l'alcool nourrit les flots humains déboulant de Taksim à Galata. Les rires se mélangent, les langues se délient et les corps s'enlacent.

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La vie ici est une valse à mille temps. Marcher dans l'avenue d'Istiklal c'est entrer dans la danse du peuple, un immense bal trivial de badauds zigzagant les uns entre les autres, rythmé par les musiciens, toujours en marge sur le bas-côté et pourtant jamais très loin, accompagnant avec zèle la grande messe de la rue.

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L'homme malade git-il toujours dans son lit coincé entre deux continents ? Il est bien parti l'Ottoman, ne laissant que des traces de ses délires sous forme de palais et de splendeurs surmontées de minarets. La ville est peuplée de fantômes, tous partis en fumée sous le regard sévère d'Atatürk, terrible père de la Nation, vénéré comme le nouveau Prophète. Les monastères ont disparu, mais les derviches tournent encore. La ferveur qui s'élève cinq fois par jour n'est qu'une illusion. Pourtant, la fièvre est toujours là, culminant les soirs de matchs à Besiktas, où les fanatiques noirs et blancs envahissent en liesse les boulevards. A chaque occasion ils font gronder les arènes, nourris et passionnés par le nouvel opium du peuple, faisant trembler à leurs pieds les murs d'or et de cristal du palais de Dolmabahçe.

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On croit passer d'une rive à l'autre, mais c'est la ville qui vous traverse.

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05 février 2011

Des fées et des dieux

En cette fin de semaine oisive, il est temps de vous faire part de celle qui l'a précédée, pleine de découvertes et de magie. Un petit tour de 6 jours, avec 5 escales : la Cappadoce, Konya, Pamukkale, Efes (Ephèse) et Bergama (Pergame).

 

VACANCES

Vendredi 21 janvier,  à peine le dernier examen achevé à la fac, le temps de passer prendre mon grand sac de baroudeur, et hop, dans le bus direction Göreme en plein cœur de la Cappadoce. Durant cette semaine de mouvement, nous avons utilisé le meilleur moyen de transport de Turquie : le bus. Plusieurs compagnies nationales et beaucoup de régionales assurent un service très actif, les réseaux autoroutier et ferroviaire n'étant pas des plus pratiques. La moindre petite ville a son otogar, qui ressemble plus à nos gares SNCF qu'à nos piteuses gares routières. Le seul souci, c'est qu'il faut être patient, surtout si votre bus s'arrête dans de nombreuses bourgades sur votre route ; parfois même, le bus fait des détours insensés pour aller chercher un unique passager au bord d'une route de campagne complètement perdue. Il vaut donc mieux prendre le bus de nuit et avoir le sommeil facile ; pour le reste, chaque bus se dote d'un équipage presque digne d'un Paris-New-York, des stewards vous offrent quelques collations pendant les longues heures de route, que l'on soit dans un énorme car ou dans un minibus miteux.

Kapadokya : Le Mordor

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Première étape, la Cappadoce, le « pays des beaux chevaux », mais surtout l'endroit le plus mystérieux de l'univers connu (par moi), après la face cachée de la Lune peut-être. Une région entière jalonnée d'aberrations géologiques, pointant vers le ciel ou prenant les formes les plus biscornues et torturées. Un spectacle inouï, dû à l'érosion qui s'attaque aux différentes couches de roches que les volcans locaux ont déposé à chacun de leurs réveils au fil des millénaires. C'est le paradis des cheminées de fées, et une telle magie n'a pas laissé les anciens indifférents ; évidemment, cette terre est un foyer historique de spiritualité. De nombreux ermites et des chrétiens se cachant des Romains puis des Musulmans ont creusé dans la pierre friable d'innombrables cachettes et églises, dont les parois sont parfois encore décorées de somptueuses fresques religieuses.

Pour notre deuxième jour sur place, nous avons pu louer des scooters pour faire un tour entre Göreme, Avanos et Ürgüp, triangle central de la région, et cette virée m'a vraiment semblé être une chevauchée sur la Terre du Milieu (Cf : Le Seigneur des Anneaux). Le piton d'Üçhisar semblait dominer le Mordor, les élevages de chevaux galopants n'ont rien à envier à ceux du Rohan, et la forteresse troglodyte d'Ortahisar surplombait au-dessus de la plaine comme Minas Tirith sur le Gondor. Il ne manquait que Gimli et Legolas. Quoiqu'un chien errant qui nous a suivi toute la première journée avait quelques airs de Golum.

Le troisième jour, après un réveil difficile, la décision est prise de se rendre à Konya, à l'Ouest. Problème, après quelques heures de trajet au milieu de steppes arides, nous arrivâmes un peu tard pour profiter pleinement de tout le patrimoine de la ville. Konya est en effet elle aussi un vieux foyer spirituel depuis les Seldjoukides, berceau du soufisme et des derviches tourneurs, « secte » musulmane suivant les préceptes du Mevlana (le maître), dont nous n'avons, malheureusement, pas pu voir le monastère du XIIIe siècle. L'escale fut donc courte, d'autant que la ville dans son ensemble, très bétonnée, est aussi très pratiquante, donc moins chaleureuse.

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Pamukkale, falaise magique
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Le soir même, nous ressautâmes dans le bus, continuant notre retour progressif vers l'Ouest, pour Pamukkale. Là encore, la magie a opéré, émanant de cette sublime falaise d'un blanc éclatant bâtie grain par grain par les sources chaudes, qui dévalent sous la montagne pour jaillir dans de magnifiques vasques, les parant d'un bleu turquoise. Le tout surplombé d'une cité antique, importante station thermale ayant accueilli philosophes et empereurs. Et dire que certains vont à Disneyland. Pour monter depuis le village, bien que la température fût d'à peine quelques degrés, nous dûmes enlever nos chaussures, protection du site oblige, pour grimper en pataugeant dans les ruisseaux qui descendent depuis la source, dont les eaux sont à 37°C. En haut nous attendaient un superbe panorama, des ruines antiques dorées par le temps, et quelques rayons de soleil entre deux nuages et deux gouttelettes, qui ont fait ressortir les reliefs complexes tout en anfractuosités et en stalactites. Le tout baigné dans les vapeurs d'eau dues au froid. Tout simplement magique.

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Efes : la cité dégloutie
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Si vous aimez la Grèce antique, la Turquie est assurément la destination idéale. En témoigne Ephèse, escale du cinquième jour, qui fut une des cités les plus puissantes de la région. Comme beaucoup de ses voisines, elle fut abandonnée à la suite d'un violent séisme, et aussi parce que la mer s'étant retirée, elle perdit l'influence commerciale de son port, les invasions aidant au déclin. Toujours est-il qu'Ephèse est une des villes les  mieux conservées du monde gréco-romain, avec un théâtre immense et un joyaux, sa bibliothèque, deuxième plus importante du monde antique après celle d'Alexandrie. Le soleil était au rendez-vous, ne gâchant rien au spectacle. Malgré les nombreux touristes qui ne relâchent jamais le rythme des visites, contrairement à nos autres escales où nous étions quasiment seuls, le plaisir des yeux et de l'imagination était au curseur maximal... Je vous laisse apprécier.

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Bergama :Machu Picchu greco-turc

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Ultime étape et non des moindres, Pergame, autre puissante cité antique. Cette fois, l'ambiance était assez différente, la ville n'ayant pas changé d'emplacement au fils des âges. Les sites antiques se partagent en deux, l'Asklépion et l'Acropole, entre lesquels se trouve la ville basse, aujourd'hui occupée par une grosse bourgade très sympathique. Avec la Cappadoce, c'était une des seules étapes du voyage où on a pu être au cœur de la vie des Turcs. Il faisait très beau, et malgré un niveau de vie bien inférieur à celui des habitants du centre d'Istanbul, il nous a semblé qu'il faisait bon vivre à Pergame. Le centre est peuplé de vieux anatoliens assis sur les terrasses occupés à déguster un thé, et les alentours jalonnés de champs et de vergers d'oliviers où travaillent des paysans qui habitent des maisons de bric et de broc, où ils élèvent leur basse-cour (parfois au milieu des détritus).
La ville antique comprenait un centre de cure étonnant, dédié au dieu Asklépios, le dieu médecin, tout en galeries et en colonnades. Puis il faut monter 5 km à pieds (aidé d'un téléphérique) pour arriver en haut de l'Acropole, d'où l'on domine une vue quasiment à 360° sur la ville, sur la plaine, et, derrière, sur un lac créé par un barrage. Et ce, jusqu'au soleil couchant, avec les restes des temples encore posés sur leurs imposantes fondations en énormes blocs de pierre. Il fallait le vouloir pour monter tout ça là-haut.

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Vous l'aurez compris, je suis pris et séduit par la magie de tous ces lieux. Ce deuxième semestre qui va débuter sera l'occasion d'aller découvrir encore plus ; je sais maintenant que la validation des crédits est assez facile à l'université, alors pourquoi se priver ? En vue : la Mer Noire et le Moyen-Orient !
Mais avant, il faudra être à la hauteur pour accueillir mes chers parents à Istanbul !

Grosses bises à tous !

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29 janvier 2011

Avant-goût de vacances à Bursa

Me voilà revenu d'un petit trip d'une semaine en Anatolie, plein de magie et d'histoire.

Mais avant d'y venir, voici un petit avant-goût en images de cette semaine de voyage qui clôturait la fin des partiels, avec un aller-retour pour Bursa, où je me suis rendu entre deux semaines d'examens à Galatasaray, pour fuir l'espace d'un samedi l'étouffement des révisions dans la mégalopole stambouliote.
Bursa (Brousse en Français) fut la première capitale du sultanat qui allait devenir l'empire ottoman. Située de l'autre côté de la mer de Marmara, on peut s'y rendre depuis Istanbul en bâteau pour éviter de contourner cette petite mer prise entre deux détroits ; tous les jours des ferries font le trajet, embarquant familles, salariés, voitures... Certains embarquent même les poids-lourds et les cars ! Une organisation à rude épreuve à vrai dire. Un peu plus de deux heures de trajet dont une heure et demie sur ces énormes plates-formes flottantes surmontées d'un pont qui accueille les voyageurs et une cafeteria.

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Aujourd'hui Bursa est une métropole de plus d'un million d'habitants, comparable donc à Lyon, pour d'autres raisons encore : la ville a toujours été une étape sur les routes commerciales des caravanes, et s'est enrichie dans la production de la soie ! En témoigne le superbe caravansérail central, vieille galerie marchande du 16eme siècle en forme de cloître. A noter d'ailleurs qu'aujourd'hui Bursa est un important foyer de l'industrie automobile, avec notamment ses usines Renault, grand employeur de la région. Il paraît qu'on peut très facilement s'y faire embaucher et gagner très bien sa vie si on parle bien le français et le turc !

Mais quand on parle de Bursa aux Stambouliotes, ils pensent surtout au ski ! Même si la ville est proche de la mer, elle est en fait au pied des montagnes, et il existe quelques stations, qui mériteraient d'être essayées un de ces week-ends...

Pour le reste, malgré une urbanisation pas toujours très heureuse, Bursa a gardé de son passé prestigieux de superbes mosquées du 13ème siècle, et des tombeaux des premiers sultans ottomans et de leurs vizirs, très lumineux et décorés de magnifiques céramiques. Très différent et beaucoup plus coloré que le classicisme qui règne à Istanbul, en somme. L'autre différence que j'ai pu noter, car c'était la première grande ville turque autre qu'Istanbul que je visitais, c'est que malgré une réputation assez républicaine de Bursa, les gens y sont en fait plus pratiquants qu'à Istanbul ; certains se recueillent même dans les mausolées des sultans, il paraît que ça porte bonheur.

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Trêve de récits, les images parleront beaucoup mieux !

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06 janvier 2011

Nouvelle année, nouvelles aventures

Mutlu yıllar !

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Voilà un mois et demi que le blog reste bloqué à la page du Liban, et pourtant la vie continue à Istanbul et la terre continue à tourner. Il paraît même qu'on est passé en 2011. J'ai vraiment pas eu le temps de m'en rendre compte tant la période des fêtes a été mouvementée et hors du temps.
Des arrivées et des départs d'amis ont marqué cette fin d'année, comme autant de bateaux faisant la navette sur le Bosphore. Malgré tout, le foie gras et la tartiflette étaient de mise à Noël, grâce aux apports de ceux qui ont bravé les conditions climatiques en avion pour passer le Réveillon à Istanbul. Le temps de digérer le mélange reblochon-baklawas, il a fallu un dernier effort pour finir un exposé, alors que le reste des étudiants européens était en vacances, avant d'accueillir 6 d'entre eux pour une semaine, venus d'Autriche, de Pologne, de Lettonie et d'Angleterre passer le Nouvel an à Istanbul. Ce sont les amis de Hazar, presque tous en Erasmus à l'IEP d'Aix l'année dernière comme lui, qui sont venus se joindre à la danse. En ajoutant deux IEPiennes de plus arrivées de Moscou et Jerusalem, le gratin aixois s'est totalement mêlé au réseau stambouliote, et les festivités ont pu commencer.
Pour célébrer la nouvelle année, nos amis turcs nous avaient réservé des places pour un (open) bar avec vue sur le Bosphore et sur le feu d'artifice. Pas question de sortir dans le quartier de Taksim le soir du Nouvel An, à moins de ne pas craindre les débordements : la foule habituelle décuple en taille de même que son taux d'alcoolémie et son aptitude à faire n'importe quoi.

Mais en réalité pour nous la fête a duré plusieurs jours, jusqu'au départ de tous nos amis. Le contre-coup n'en a été que plus fort : grippe (le froid est tombé et il fait mal) et fatigue, de quoi commencer l'année par un grand coup de bambou.
Avec les partiels en perspective pour les deux semaines à venir, la déprime guette, mais les vacances aussi s'annoncent, avec les côtes égéennes en ligne de mire.
Le deuxième semestre sera l'occasion de plus de voyages. Les quatre premiers mois de cette année "de mobilité" ont fait de moi un vrai stambouliote, je connais les meilleurs bars de Taksim, j'ai mes habitudes et mes amis dans cette ville, même si je pense que, comme pour une grande partie des stambouliotes, des parties entières de l'immense agglomération me seront toujours inconnues.
La deuxième partie de l'année fera de moi, je l'espère, un voyageur averti. Cela donnera de la matière au blog qui commençait à s'endormir !

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Une bonne année 2011 à tous !

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