Amaury expulsé, Amaury rapatrié, mais Amaury réhabilité

Alors voilà, pour ceux qui n'ont pas déjà entendu mes multiples aventures, les explications rapides de ce qui m'est arrivé en ce funeste weekend d'avril, après lequel j'ai bien cru que cette aventure stambouliote se terminait prématurément et en eau de boudin.

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C'est en rentrant de Grèce que tout est arrivé, mais il faut remonter aux débuts de mon séjour stambouliote pour tout comprendre. Que cela serve de leçon à tous ceux qui partent à l'étranger ! Ce petit séjour à Athènes était autant motivé par l'idée d'aller voir ce qui s'y passe tout en rendant visite à une amie, que par l'obligation que j'avais de sortir du territoire turc. En effet, même si avant de partir pour la Turquie j'avais suivi les conseils de l'université de Galatasaray en achetant un visa étudiant, me permettant en théorie de rester toute l'année académique en terres turques, je n'ai jamais pu activer ce visa avec le permis de séjour, faisant face à une administration turque qui n'a pas été des plus coopératives.

Pour obtenir le permis de séjour, ou ikamet, qui m'aurait permis déviter tous ces déboires et ces dépenses faramineuses, je devais me rendre dès mon arrivée à la préfecture de police avec mon visa. Seulement voilà, les rendez-vous - pour ce qui ne devrait être qu'une formalité - se prennent sur internet, sur un site obsolète, avec un délai qui la plupart du temps est de minimum deux mois. Ajoutez à cela des information très vagues sur l'emplacement de la préfecture, vous vous retrouvez à l'autre bout de la ville d'Istanbul, en ayant loupé votre rendez-vous, et obligé d'en prendre un autre... deux mois plus tard évidemment. Pour ne rien simplifier, il se trouve que d'une part le délai pour faire ce permis de séjour est d'un mois après l'arrivée sur le territoire. D'autre part, sans cet ikamet, vous ne pouvez pas rester plus de trois mois en Turquie. Et enfin, pour couronner le tout, si vous sortez du territoire turc sans avoir fait faire l'ikamet, votre visa étudiant s'annule.

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Voici donc la logique mathématique implacable dans laquelle j'étais sans le savoir vraiment, puisque toutes ces informations ne circulent que par rumeurs et légendes urbaines dans la communauté Erasmus... Tout ceci nous amène à mon second rendez-vous à la préfecture, qui s'est déroulé au mois de mars (!), où je me suis retrouvé face à des policiers turcs qui n'ont pas voulu comprendre que je n'avais pas pu venir plus tôt, et qui ont tout bonnement refusé de me faire cet ikamet, arguant d'ailleurs qu'en tant qu'étudiant Erasmus j'aurais pu me passer d'un visa étudiant. Mais voilà, j'étais resté plus de trois mois sur le territoire, mon visa était périmé. Je devais donc sortir de Turquie, avec une amende qui m'attendrait en prime à la frontière. Mais les policiers de la préfecture s'étaient bien gardés de tout me dire sur l'engrenage dans lequel je m'étais empétré.

Départ donc, pour un weekend à Athènes histoire de faire l'aller-retour que je pensais nécessaire à ma régularisation, tout en rendant visite à mon amie de prépa Marie en stage à Athènes. Passage assez peu agréable à la douane, où les collègues policiers ont pris un malin plaisir à me faire attendre jusqu'à la dernière minute avant le départ de l'avion, histoire de bien me mettre sous pression pour me faire payer mon amende, et finalement me laisser partir à toute berzingue, sans prendre le temps de tout m'expliquer clairement, car bien évidemment, ils savaient très bien que mes ennuis n'étaient pas terminés. Mais pourquoi faire l'effort de le dire ? C'est tellement plus marrant de me laisser réaliser seulement à mon retour que j'étais en fait interdit de séjour pour trois mois en Turquie !

En effet, à mon retour à Istanbul dans le même aéroport, voilà-t-y pas que je me vois arrêté à la douane, où cette fois seulement un officier qui parlait anglais (le premier dans toute cette histoire) m'explique en long et en largeur toute l'étendue de la merde dans laquelle j'étais emmpêtré : je ne pouvais pas entrer en Turquie car j'étais interdit de territoire turc pour trois mois, pour être resté trop longtemps en Turquie sans titre de séjour ! Moi qui avais payé mon visa étudiant 99€, et qui avais fait les démarches à la préfecture pour obtenir le permis de séjour, j'étais obligé de rentrer à Lyon à mes frais, alors que beaucoup de mes amis en Erasmus, n'avaient même pas pris la peine de faire un visa étudiant ; ceux-ci sortaient donc du territoire tous les trois mois, pratique en théorie interdite mais qui fonctionne... c'est ce que j'aurais du faire si j'avais su ! Et certains d'entre eux avaient même réussi à obtenir l'ikamet en tant qu'étudiants Erasmus ! Cherchez l'erreur.

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Bref, après une nuit à l'aéroport Atatürk cantonné dans la zone internationale à me questionner sur le pourquoi du comment de cette galère, je suis rentré à Lyon. Et immédiatement, je me suis rendu au Consulat général de Turquie. Là, heureusement, j'ai pu revoir le fonctionnaire sympa qui m'avait fait mon visa quelques mois plus tôt, et qui, tout en me réprimandant de m'être fourgué dans cette situation, a été compréhensif face à l'enchaînement de vices qui se sont abattus sur moi. Le Consul a alors envoyé une demande directement au ministère des affaires étrangères turc, pour annuler cette interdiction de trois mois. C'est grâce à l'aide des responsables de mon université turque, qui heureusement ont le bras long, que mon attente n'a duré "que" deux semaines et demi.

Voilà donc comment on se met dans la merde sans vraiment en avoir conscience. Heureusement, mes mésaventures n'ont pas été inutiles, et en revenant à Istanbul j'ai été en quelque sorte soulagé d'apprendre que je n'avais pas été le seul à me retrouver en situation illégale, bien que mon cas d'expulsion fût le premier, et on l'espère le dernier. Mais mon exemple a permis à certains étudiants de prendre conscience de leur situation, et de réfléchir avant de sortir de Turquie, ce qui les aurait amené aux mêmes déboires. Un de mes amis a par exemple du attendre la fin de son année avant de repasser la frontière, où il a finalement eu le choix entre payer une amende colossale et se faire interdire de séjour pour 5 ans !

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Toute cette histoire m'a fait beaucoup réfléchir (j'avais que ça à faire pendant mon séjour forcé à Lyon), notamment sur la condition des sans-papiers, sur les vices administratifs, la privation de droits... Comme quoi il faut parfois toucher le fond, même si je ne l'ai touché que du bout du doigt.