Je suis rentré il y a trois jours du Liban ! Un voyage plus que surprenant. Cinq jours passés au Pays du Cèdre, qui m'ont quelque peu épuisé.

Avec les désormais inséparables Marie et Hanna, nous avons profité des congés de la fête du Sacrifice et de billets d'avion pas trop chers pour aller faire un saut à Beyrouth, faire marcher le réseau IEP. Justine, une amie d'Hanna de l'IEP de Toulouse nous a accueillis à la Zico House où elle fait son stage cette année, une association qui organise des évènements culturels et faisant la promotion d'artistes à Beyrouth. Durant ces cinq jours nous avons donc pu rencontrer divers artistes libanais et même syriens qui logent de temps à autre dans l'immeuble de la Zico House, dont le nom vient du pseudonyme de résistant pendant la guerre du patron de Justine. Il y a même un bar où on a pu partager un repas libanais avec des résidents et des habitués, et assister un un petit concert de musique arabe, où nous avons été initiés à la danse libanaise traditionnelle, la debka. Fabuleux.

149797_1619292876022_1047410608_31686738_1967611_n

Entre discussions avec les Libanais (qui rivalisent très facilement d'hospitalité avec les Turcs) et découvertes dans le pays, force fut de constater que le Liban est un vrai b... un vrai Bazaar. Partout sur les indications un mélange d'arabe, de français et d'anglais, des institutions partagées entre les différentes confessions, une population majoritairement expatriée, dont une partie est est composée de réfugiés palestiniens, une part du territoire aux mains du Hezbollah, des militaires partout...
Et pourtant, comparée au pessimisme infernal de notre cher Hexagone, la gentillesse des habitants de ce petit pays disloqué et sans cesse à la veille d'une guerre est frappante.

La première journée fut l'occasion d'une visite de la ville de Beyrouth, portant les stigmates de la guerre dans son architecture ultra-moderne et à même les façades d'immeubles en ruine. Pourtant, Beyrouth n'est pas pour rien surnommée "la ville qui ne meurt jamais" : après des décennies d'une guerre à l'autre, et probablement à la veille d'une autre selon beaucoup de pronostics, la ville s'acharne à se reconstruire et à se convaincre qu'elle retrouvera son attrait d'antan, quand elle était le "Paris du Moyen-Orient", ce à quoi elle peut encore prétendre. En témoigne le centre-ville flambant neuf et très réussi, mêlant vieilles pierres arabes et nouveaux immeubles, et pourtant boudé par les Libanais du fait de ses prix exorbitants. Mais certains soirs nous avons pu goûter à la vitalité de la vie nocturne, où tout ce qui se fait comme drogues tourne allègrement dans certaines boîtes. (Fichtre, je crois que je vais postuler pour Échappées Belles ou un truc dans le genre, vous croyez pas ?).

74007_1619292636016_1047410608_31686735_173551_n   154175_1619284475812_1047410608_31686676_8077810_n

Les autres journées furent occupées par plusieurs sorties, assez fatigantes du fait du décalage entre des jours très courts et une chaleur estivale, la tourista aidant (je soupçonne une feuille de vigne pas très fraiche).
Pour se déplacer au Liban, nul besoin de consulter des horaires ou de chercher à calculer son trajet. Il y a deux choses à savoir faire : héler et négocier, que ce soit pour la ville avec les taxis, ou les plus longs trajets avec des vans ou des mini-bus, qui dès qu'ils vous voient au bord de la route n'hésitent surtout pas à vous klaxonner pour vous proposer leurs services. Il suffit d'embarquer et de s'informer du prix, quitte à négocier, et c'est parti pour la route.
C'est ainsi qu'on a pu aller voir des ruines au bord de la mer à Byblos, et errer dans un hôtel certainement paradisiaque en été mais quelque peu sordide hors-saison, où les lits restent installés et entretenus sur la plage pour les rares clients du mois de novembre, qui se baignent sur les quelques mètres carrés de plage propre devant l'hôtel.

154781_1619294436061_1047410608_31686751_7069737_n

Mais la sortie la plus étonnante fut la visite du site de Baalbeck, avec ses temples gréco-romains gigantesques perdus dans les montagnes libanaises, à côté d'une ville et dans une région totalement aux mains du Hezbollah. Sur la route dans le van qui nous y a menés, passés quelques check-points de l'armée, on entre dans une zone où les panneaux publicitaires à l'entrée des villages sont remplacés par d'immenses effigies des Ayatollah, d'Hassan Nasrallah ou encore d'Ahmadinejad. A Baalbeck, les drapeaux du Hezbollah flottent dans la ville, pour rappeler le rôle social et politique essentiel qu'il joue ici. Et les vendeurs de souvenirs de Baalbeck proposent également des keffieh (authentiques ou made in China), et des T-shirts Hezbollah à 3 dollars portant l'emblème composé de versets du Coran calligraphiés, avec une main brandissant une Kalachnikov.

148465_1619298356159_1047410608_31686783_2521619_n

Drôle d'accueil pour les touristes que nous étions me direz-vous, mais figurez-vous que c'est bien à Baalbeck que j'ai rencontré les gens les plus gentils et généreux du monde. A peine passé devant un magasin (où tu peux parfois voir un énorme plan de Cannabis pousser), le vendeur et sa famille t'invitent et t'offre un coca, te tapent la discut' tant bien que mal, et les filles qui cherchaient une écharpe contre la fraicheur des montagnes se la sont faite offrir, sans rien demander. Sans parler des habitués du bar où passent les quelques touristes qui voulaient nous convaincre de rester un jour de plus (bon, les cadeaux faits aux filles étaient un peu louches tout de même).

Enfin, on ne pouvait pas quitter le Liban sans aller voir des cèdres millénaires de près. Ce fut fait, mais d'une manière assez spéciale. Nous nous sommes embarqués dans un stage d'initiation à la méditation, dans les montagnes libanaises, pour quelques bobos libanais qui vont faire leur cure de nature. Un petit voyage organisé dans un parc protégé, où des guides nous mènent le long de sentiers ultra-balisés pour aller admirer les plus vieux cèdres de la forêt ; la nature transformée en musée, en somme. Tout ça pour finir avec une séance de méditation avec un professeur de yoga. C'était certes très apaisant d'être pour une fois dans le silence de la montagne, face à des paysages magnifiques (c'était d'ailleurs un peu frustrant de devoir fermer les yeux pour obéir au yogi !), mais l'ambiance de cette sortie m'a paru toutefois un peu superficielle.
Ceci dit, quel beau pays !

74173_1619299956199_1047410608_31686798_598920_n

Vous pouvez voir plus de photos, que j'ai piquées à Marie parce que mon appareil a quelques soucis, ici.